« Ce serait dommage que les prochaines générations soient contraintes de s’entraîner constamment sur rollers »

Une journée de stage se referme, à Val d’Isère. L’été enserre la station des Alpes, Armand Marchant est fourbu et heureux. « La prochaine saison hivernale mobilise déjà les esprits et nos énergies au sein de l’équipe. On a tous besoin de cette perspectivelà… » Le skieur originaire de Thimister, qui s’est immiscé dans le top mondial du slalom ces derniers mois (top 5 à Zagreb, en janvier dernier), éprouve visiblement encore plus de plaisir dans la pratique de son sport depuis qu’il a surmonté la gravissime blessure au genou qui a bien failli mettre un terme à tout cela, il y a trois ans déjà. « J’adore ce que je fais, je pense que tous les skieurs pros mesurent la chance qu’ils ont de pouvoir être en communion directe avec la haute montagne. Un cadre d’expression exceptionnel, d’une puissance telle qu’elle impose la modestie et l’humilité. Mais nous savons aussi que cette beauté majestueuse est fragile… »

Sur le circuit pro, la prise de conscience est silencieuse mais profonde. « Les changements climatiques qui affectent notre planète et notamment, la qualité et la quantité de neige qu’on voit tomber sur les cimes, n’alimentent pas toutes nos conversations sur le circuit mais on est attentif, respectueux. On se sent redevable vis-à-vis d’une nature exceptionnelle, fragile et forte à la fois. »

Le slalomeur verviétois, sur le circuit pro depuis décembre 2014, constate ainsi de moins en moins de déchets à l’arrivée des télésièges, au sommet des pistes. Il souligne aussi l’interdiction récente de l’utilisation du fluor pour le fartage des skis, qui a contraint les équipementiers et compétiteurs à définir d’autres protocoles, « écoresponsables », ou la limitation d’utilisation de sel, qui permettait de combattre une neige trop humide, voire la modification des canons à neige, moins énergivores.

« La plupart des stations consentent aujourd’hui de gros efforts pour préserver la montagne, réflexion et action sont déjà engagées depuis plusieurs années, un peu partout. Les pisteurs, notamment, effectuent un boulot remarquable. Au sein de mon équipe, nous veillons aussi à organiser nos déplacements entre les sites de compétition de manière rationnelle. À la fois pour favoriser la récupération physique, limiter les coûts et de facto, l’empreinte carbone que nous imposons à la planète. »

Faudra-t-il grimper de plus en plus haut pour organiser des épreuves de Coupe du monde ? Les JO d’hiver (Pékin 2022 est un objectif très concret pour l’athlète verviétois) sont-ils menacés, à terme ? « Si je me contentais d’une réponse à courte vue, sans perspectives, je vous dirais que ma saison 2019/2020 a été plus perturbée par le coronavirus que par le manque de neige ou les changements climatiques – je n’ai eu à souffrir d’aucune annulation à cause de ce dernier paramètre. La prochaine saison s’annonce d’ailleurs tout aussi sympa, sur les glaciers de cime. Mais à moyen et long termes, l’histoire sera peut-être différente… Ce serait vraiment dommage que les prochaines générations de sportifs soient contraintes de s’entraîner constamment sur rollers ou de skier dans des dômes, un peu comme dans un frigo dont on referme la porte (sic). Nous sommes conscients qu’exercer un tel métier, dans un cadre naturel exceptionnel, est un privilège, qui impose des devoirs… »

E.C. dans LA MEUSE BASSE-MEUSE du 15 juillet 2020

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