Hody nie avoir commandité l’assassinat

Son procès a commencé lundi à Liège 

Yves Hody a nié lundi au cours de son interrogatoire devant la Cour d’assises de Liège avoir commandité Hody.jpgl’assassinat de Manuel Maroquin. Quatre hommes sont poursuivis pour l’homicide commis en mars 2005. Le procès a commencé hier. Hody a soutenu qu’il avait engagé des agents de sécurité uniquement pour assurer sa protection face à une menace. La confrontation entre ces agents de sécurité et Manuel Maroquin aurait mal tourné.

Yves Hody a détaillé hier devant la Cour d’assises de Liège les différentes étapes de sa vie person- nelle et professionnelle avant d’évoquer les faits qui lui sont re- prochés. À partir des années 2000, ce Jalhaytois a été actif dans la reprise de sociétés en difficultés et a été condamné pour des faits de fraude. C’est en prison qu’il avait fait la connaissance de Manuel Maroquin.

Yves Hody a expliqué qu’il avait eu l’idée d’acheter un terrain industriel à Engis. Son projet était d’acquérir un chantier qui était autrefois affecté à une usine de carbone pour le démolir, nettoyer le terrain et le réaffecter. Ce site industriel était composé d’un terrain mais aussi de bâtiments com- prenant une grande partie de métaux à revendre. Hody prétend que son idée était de récupérer l’argent de la démolition pour investir dans une activité de minéralisation avec deux associés.

15.000 EUROS POUR SA PROTECTION

Selon les associés, Yves Hody aurait détourné de l’argent lors de la démolition. Mais l’accusé nie. Il prétend qu’il a voulu conserver les fonds pour la réelle destina- tion du projet alors que ses associés souhaitaient utiliser l’argent pour payer leurs dettes. Des ten- sions sont nées entre différents as- sociés. Selon Hody, les deux associés ont engagé du personnel de sécurité pour faire garder le chan- tier et empêcher l’évacuation des métaux. Manuel Maroquin aurait fait partie de ce personnel armé. Yves Hody prétend qu’il a ensuite voulu se séparer de ses associés mais il a senti naître des tensions. Yves Hody a rapporté qu’il a fait la connaissance de François Toussaint, qui travaillait dans la sécurité. Toussaint lui a garanti une protection de qualité contre une rémunération de 15.000 euros, alors que Manuel Maroquin se faisait de plus en plus pressant pour le clan adverse. « Il insistait pour me voir et mettait la pression ! Il n’était pas associé au chantier mais il était rémunéré pour m’en expulser », a affirmé Yves Hody.

Selon Hody, c’est dans ce contexte tendu qu’il aurait décidé de se rendre chez Manuel Maroquin, accompagné à distance de ses gardes du corps, pour négocier et tenter de retourner Maroquin en sa faveur. Hody prétend qu’il a renoncé en dernière minute à cette rencontre, par peur, et qu’il a laissé ses gardes du corps surveiller la maison de Maroquin. Il conteste une expédition organisée dans un but d’exécution.

« Pour moi, ils devaient uniquement le surveiller. Je n’avais pas connaissance de ce que François Toussaint et ses associés allaient faire. C’est le lendemain que j’ai appris que Manuel Maroquin avait été tué », a annoncé l’accusé.

LES FAITS

Maroquin.jpgManuel Maroquin avait été abattu de deux balles dans la tête alors qu’il quittait son domicile au volant de sa voiture la nuit du 7 au 8 mars 2005 à Xhendremael (Liège). Yves Hody (58 ans de Jalhay), François Toussaint (48 ans de Welkenraedt), Olivier Pagnier (40 ans) et Hugues Dewit (39 ans) sont accusés d’avoir commandité les faits et d’avoir participé à l’exécution. François Toussaint ne s’est pas présen- té au procès et sera jugé par défaut. Lors de la lecture de son acte d’accu- sation, l’avocat général Paul Catrice a révélé les circonstances des faits. Yves Hody et Manuel Maroquin s’étaient associés dans un projet autour de l’as- sainissement et de la revalorisation d’un terrain industriel situé à Engis. Mais Manuel Maroquin s’était senti doublé par Yves Hody. C’était l’objet de leur différend.

Manuel Maroquin avait mis en place une surveillance des lieux car Yves Hody évacuait des matériaux du ter- rain de manière illicite à ses yeux. Les deux hommes sont alors devenus des adversaires. Manuel Maroquin s’est senti menacé et s’était confié à ce sujet à sa compagne. Le soir des faits, il s’était senti surveillé, notamment par les passages répétés d’une voiture de- vant son domicile.

Dans l’entourage de Kabila

De son côté, Yves Hody aurait lui aussi senti une menace se profiler. C’est ainsi qu’il avait fait appel à François Toussaint, décrit comme un homme ayant une grande expérience en matière de sécurité et de protection rapprochée. Cet accusé aurait même dispensé à travers le monde et à l’égard de ser- vices de police spécialisés des formations relatives à des techniques de combat et de sécurité.

François Toussaint aurait de nom- breuses relations, notamment en Afrique. Dans les années 90, il était présumé se trouver dans l’entourage direct de Kabila et des responsables de la police congolaise. Il aurait éga-

lement formé du personnel pour Jean-Pierre Bemba. D’après la sûreté de l’Etat, François Toussaint serait très dangereux et spécialisé dans les arts martiaux.

Hugues Dewit était lui aussi actif dans le domaine de la sécurité, consultant en sécurité de haut niveau et spécialisé en anti-terrorisme. La nuit des faits, il était affecté à la sécurité d’Yves Ho- dy. Il conteste avoir été informé d’un projet d’assassinat. Selon ses déclara- tions, le groupe devait faire peur à Manuel Maroquin et lui montrer qu’Yves Hody disposait d’un groupe d’hommes affectés à sa protection. Mais la confrontation aurait mal tourné et François Toussaint aurait fait feu en croyant que Maroquin allait se sai- sir d’une arme.

Olivier Pagnier avait des activités d’agent de sécurité et de gardiennage. Il a également affirmé lors de l’enquête qu’il réalisait une mission de protection pour mettre fin à des faits de harcèlement et de menaces. Il conteste avoir été impliqué dans un assassinat et dit avoir le sentiment d’avoir été utilisé, dépassé par les événements et trompé par Toussaint et Dewit.  

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