La mère lance à ses quatre fils: « Tuez-le! »

Ce jeune Thimistérien avait été massacré après un accident où il n’avait rien à voir

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La scène est digne d’un mauvais western. Le 25 septembre 2011, au carrefour de Hagelstein à Aubel se produit un accident non pas de diligences mais d’automobiles. La famille d’un des conducteurs débarque sur les lieux. Ils sont quatre, tels les frères Dalton, à ceci près qu’ils ont tous la taille d’Averell, soit plus d’1m80. Ne manque même pas au tableau Ma Dalton, super-excitée, qui leur ordonne : « Tuez-le » en désignant un type qu’elle croit être le conducteur adverse. Nicolas Albert,  24 ans, de Thimister sera véritablement massacré.

En fait, le conducteur adverse avait déjà été emmené en ambulance avant que la scène ne tourne à l’échauffourée. Et lorsque la cavalerie arrive, Nicolas gît sur le sol, inanimé. Il sera emmené à l’hôpital, et s’en tirera heureusement sans séquelles à long terme.

Devant le tribunal correctionnel où les quatre frères Karre et leur mère, tous de Visé, doivent répondre de cette agression, le  moins que l’on puisse dire est  qu’ils ont une vision très angé- lique de la scène et de leur rôle. Ainsi, Jacqueline (49 ans) la Ma  Dalton de l’histoire, parle d’un  malentendu : « Quand j’ai vu les  ambulances et surtout l’état de  la voiture, j’ai paniqué pour mes deux filles que je ne voyais pas. » Son mari lui avait pourtant dit  au téléphone qu’elles n’avaient rien. « C’est vrai, je criais, mais  un type est venu me dire que je n’avais rien à faire là et m’a insultée. J’ai été bousculée, et  voyant cela mes quatre fils sont intervenus. Mais cela a dégénéré, on n’a fait que se défendre. » Elle ne se souvient pas d’avoir enjoint ses fils de tuer l’autre. 

Même chanson de la part des quatre frères. Jonathan (27 ans), très excité au point que la juge Lauvaux doive le calmer d’un cinglant « Ça suffit ! », se pose en victime : « Ça alors ! Je suis venu sur place pour aider la famille, et je me retrouve accusé de plein de choses. Je suis déçu. » Lui comme ses frères diront la même chose : ils ont été agressés par une bande de jeunes, et n’ont fait que se défendre. « J’ai même vu une femme (la mère de Nicolas en fait) avec un manche de brosse et qui m’a frappé », dit Alain (23 ans) sur qui six ou sept hommes ont cogné, d’après ses frères. « On ne comprend toujours pas comment on en est arrivé là. »

Cette version romantique des choses ne fait même pas sourire Me Colson, partie civile, représentant cinq victimes : « On voit mal pourquoi des gens qui n’étaient que des badauds et qui n’avaient rien à voir avec l’accident auraient agressé une famille qui vient aux renseignements. »

Tous les témoins disent la même chose: la famille a débarqué avec la mère en pleine crise d’hystérie. Ils ont cherché le conducteur en disant « on va le tuer ». Nicolas a voulu les calmer en leur disant où se trouvaient les deux filles, dans une autre voiture, mais ils se sont retournés contre lui, et l’ont frappé tous les quatre, le laissant inanimé. Ils voulaient vraiment lui faire la peau, excités par la mère qui disait « Tuez-le ! » Plusieurs témoins l’ont entendue. « Voilà qu’ils veulent maintenant transformer les victimes en coupables. À la Justice de remettre les pendules à l’heure et les accusés à leur place. »

Outrée par cette absence de remise en question, Mme Zegels, ministère public, réclame 9 mois pour Jonathan, vu son attitude à l’audience, et 90h de travail (ou 9 mois de prison) pour les autres.

Jugement dans un mois. 

Un article de Luc BRUNCLAIR dans "La Meuse Verviers" de ce 7 mai 2013.

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