Sérieusement blessé au genou, le skieur de Thimister veut briller aux JO d’hiver de Pyeongchang

Un mois après être devenu le premier skieur belge à marquer des points en Coupe du monde, Armand Marchant s’est gravement blessé au genou. Il compte bien être aux Jeux olympiques l’an prochain et y briller.

Capture d’écran 2017-02-09 à 09.22.14.pngTic toc, tic toc, tic toc. À Pyeong- chang, à l’est de Séoul, le décompte final a commencé. Six ans après la désignation de la ville coréenne comme hôte des Jeux olympiques d’hiver 2018, on en sera à J-365, ce jeudi. Un an, jour pour jour, pour poser la touche finale avant que les meilleurs spécialistes sur neige et sur glace ne fondent sur les installations asiatiques.

Pour Armand Marchant aussi, le compte à rebours a commencé. Trois cent soixante-cinq jours, c’est (tout) ce qui reste au skieur de Thimister pour être au départ de ses premiers JO, cette compétition à laquelle il rêve depuis toujours. « Et pas pour faire le malin sur les réseaux sociaux ou arriver à 16 secondes des meilleurs, précise-t-il. Pour y faire un résultat ! »

CES GENOUX SI VULNÉRABLES

Assis dans le salon familial, la jambe gauche enrubannée et enserrée dans une impressionnante attelle, il tient un discours qui pourrait apparaître, à première vue, inversement proportionnel à la gravité de la blessure qui l’immobilise depuis le 7 janvier et cette chute dans le slalom géant d’Adelboden. Eclatement du plateau tibial, déchirure des ligaments interne et croisé antérieur, ménisque en capilotade : tout y est passé. Un vrai cas d’étude pour les trois chirurgiens qui l’ont opéré quelques jours plus tard à Anvers. La photo de son genou qu’il a diffusée dans la foulée a d’ailleurs soulevé quelques cœurs sensibles. « Ma grande sœur l’avait un peu enlaidie en la jaunissant à l’aide de filtres ! », s’amuse-t-il.

« Cet accident est sans doute arrivé pour plusieurs raisons, enchaîne-t-il avec une froide lucidité en rappelant que “faire une carrière de sportif de haut niveau sans se blesser est très difficile”. J’avais enchaîné pas mal de courses les jours précédents ce qui m’avait fatigué, j’étais un peu malade aussi. J’ai également sans doute voulu trop en faire. En géant, avec les skis d’1,95 m imposés par le règlement, c’est beaucoup plus dur de tourner qu’auparavant. Le rayon pour les virages est passé de 25/30 m à 35 m avec une grosse pression à mettre sur les lattes aiguisées comme des rasoirs. C’est comme faire du karting sans direction assistée. Le matériel est devenu très traumatisant, on repousse de plus en plus les limites. Et les protections n’ont pas suivi l’évolution de la technologie. Les genoux restent très vulnérables… » L’accident d’Armand Marchant a d’autant marqué les esprits qu’il est survenu moins d’un mois après un exploit qui n’était pas passé inaperçu. À trois jours de son 19e anniversaire, ce qui en faisait le plus jeune skieur au départ, il avait terminé 18e du slalom de Val d’Isère, le 11 décembre, devenant le premier Belge à marquer des points en Coupe du monde. Un premier Graal pour tout skieur qui se respecte parce que « rentrer en deuxième manche est hyperjouissif et te confère un certain statut tant c’est compliqué. C’est pour réussir ça que tu te lèves le matin ! »

« RAPHI » L’ARCHITECTE

Des levers aux aurores pour descendre les pistes, il en a déjà connu plus que de raison lui qui a découvert le ski à 2 ans et demi en accompagnant, avec sa sœur, son père marchand de bétail et sa mère vétérinaire dans le mobil-home familial vers le Jura presque chaque week-end d’hiver. « Ils adoraient ça, c’était leur manière de décompresser ». Une saine assuétude qu’il allait définitivement valider quelques hivers plus tard – « Même si au départ, j’étais plutôt moto… » – en suivant les conseils de l’entraîneur français Raphaël « Raphi » Burtin, approché pour encadrer les meilleurs espoirs belges, qui avait décelé chez lui, dès le début de l’adolescence, un vrai potentiel pour le haut niveau. Une gageure quand on vient d’un pays plat comme la main.

« Ce n’est pas facile au départ… sauf si on s’en donne les moyens. Pour y arriver, il fallait que je parte 4 mois par an dans les Alpes. Les deux premières années, ma maman m’y a accompagné. On logeait dans un bungalow, à Praz-sur-Arly, près de Megève. J’allais skier tous les jours, pour rattraper le retard que j’avais sur les Français. Après, à partir de 15 ans, j’ai emménagé chez mon entraîneur, à La Roche-sur-Foron. » Une cohabitation désormais rendue financièrement plus jouable pour sa famille grâce au soutien de l’Adeps – où Marchant bénéficie d’un contrat à mi-temps –, du projet Be Gold, du programme de soutien aux jeunes talents Hopiness et de sa fédération. « Si je ne m’étais pas donné à fond, ils n’auraient pas mis les ronds… »

Armand Marchant n’a aucun mal à dire que Raphaël Burtin est l’« architecte » de sa réussite précoce, qui s’est déjà concrétisée, chez les plus jeunes, avec une médaille de bronze au Festival olympique de la jeunesse européenne et un titre mondial U18 du Super combiné en 2015. « Il a mis de sa personne et a toujours cru en moi et en ce que je faisais et c’est ce qui est beau dans cette histoire. Il Capture d’écran 2017-02-09 à 09.19.56.pngm’a appris le travail, la sueur, la tristesse, le doute. Il m’a toujours dit les choses franchement, sans forcément être tendre. Raphi, je n’ai pas besoin de lui dire quand quelque chose ne va pas, il le voit tout de suite, il comprend. C’est lui aussi qui prépare mon matériel, qui me dit quels skis je dois prendre à chaque course. Il m’enlève pas mal de tracas. » C’est, dit-il, juste avant ses 16 ans, quand il a commencé à « taper » les Français, qu’Armand Marchant a compris qu’il pouvait peut-être faire carrière en ski et y devenir « quelqu’un ». Une révélation qui l’a poussé à continuer, quitte à délaisser ses études secondaires avec l’approbation de ses parents. « Je sais que je devrai passer le jury central, dit-il. Le problème, c’est que ce n’est jouable qu’en septembre ou en janvier, quand la saison a déjà commencé. J’ai déjà demandé une dérogation, mais on m’a dit que ce n’était pas possible. Pour eux, si je skie, c’est que je suis en vacances… » S’il a obtenu, jusqu’ici, ses meilleurs résultats en slalom « parce que c’est plus facile de marquer des points dans les épreuves techniques », il dit n’avoir pas encore fait de choix définitif sur la spécialité qu’il privilégiera un jour. Il a constaté la différence qui existe entre les deux mondes, une ambiance plus individualiste en slalom « où chacun garde ses trucs pour lui » et plus solidaire en descente « où la prise de risques est telle qu’on se tient tous les coudes ».

L’HABITUDE DE LA PEUR

Sans aller jusqu’à dire qu’il l’a totalement évacuée « parce qu’on ne peut pas faire sans », Armand Marchant affirme s’être habitué à la peur. « En ski, il faut prendre des risques calculés. Si tu empiles bien les assiettes, tu les diminues. C’est quand je mets les bâtons derrière le portillon que je me sens le mieux. Il n’y a plus que toi et la piste ! Une fois que je suis parti, je me dis toujours que la meilleure défense, c’est l’attaque. »

Armand Marchant ne ment pas sur la marchandise. Il avoue des rêves en grand, des envies de reconnaissance qui pourraient le « transcender », des victoires en Coupe du monde, ce circuit « tellement excitant » avec « ces départs de fou furieux, ce public et ces banderoles », un « gros globe » « qui fait qu’on te respecte jusqu’à la nuit des temps ».« Regardez le dernier Federer-Nadal en finale de l’Open d’Australie : les moments de sport que ces types vivent, c’est fou ! J’aimerais tant pouvoir connaître ça aussi. » Mais avant d’y arriver, il va falloir souffrir pour retrouver l’usage de cette jambe qui l’a lâché. Pour l’instant il avance « au coup par coup », à raison d’une séance de kiné tous les deux jours. Fin avril, il pourra enfin poser le pied par terre avant de partir pour un mois de rééducation à Capbreton, dans les Landes. Il prendra « le temps qu’il faut » pour se réathlétiser et rede- venir le skieur qu’il était devenu cette saison. En rappelant que les Jeux, c’est une course d’un jour. « Même si on n’y est pas affûté comme une machine de guerre, dans un sport de glisse et de feeling, tout est possible ».

Tic toc, tic toc, tic toc. 

PHILIPPE VANDE WEYER dans LA MEUSE du 9 février 2016

Et n'oubliez pas que vous pouvez voter pour Armand MARCHANT comme CITOYEN VERVIÉTOIS DE L'ANNÉE.

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