Toussaint prétend avoir sauvé la vie de Hody

François Toussaint, dont l’audition comme témoin était attendue au troisième procès d’Yves Hody et Hugues Dewit pour l’assassinat de Manuel Maroquin, devant la cour d’assises du Luxembourg, a refusé, lundi, de répondre à toute question sur le fond de l’affaire. Il s’en est justifié en invoquant un manque d’accès à son propre dossier. L’audition a néanmoins donné lieu à quelques échanges. Condamné par défaut à la perpétuité lors du premier procès liégeois pour juger ce dossier, François Toussaint – après avoir été intercepté en Centrafrique – a fait opposition. Un nouveau procès le concernant seul s’est tenu en octobre 2015 devant la cour d’assises de Liège. À son issue, il a écopé de 25 ans de prison pour son rôle de tireur sur Manuel Ma- roquin, abattu dans la nuit du 7 au 8 mars 2005 en quittant son do- micile de Xhendremael (Ans).

François Toussaint avait déjà été cité comme témoin jeudi dernier mais avait refusé d’être extrait de prison. Finalement, le président de la cour d’assises, Olivier Warnon, avait pris un mandat pour l’amener à témoigner. François Toussaint s’est donc présenté de- vant la cour sous escorte policière renforcée et a précisé qu’il faisait valoir, en premier lieu, son droit au silence.

« Je n’ai pas eu l’occasion de consulter mon dossier depuis 2006 », a-t-il soutenu. « Ce n’est pas que je ne veuille pas collaborer avec la justice mais dans mon cas, si je me montrais évasif, cela sera un manque de respect pour la justice », a-t-il ajouté. François Toussaint a aussi parlé « d’injustice » à son égard. « Au moment des faits, Hugues Dewit et moi étions présents. Mais Dewit n’a pas témoigné lors de mon procès. » Le président Warnon a expliqué au témoin que le présent procès ne le concernait plus mais qu’il ne disposait pas pour autant de moyens pour le faire parler. « Croyez-moi, ce n’est pas de la mau- vaise volonté », a répondu M. Toussaint. Il n’a glissé qu’une seule al- lusion au dossier en ces termes : « Je lui ai quand même sauvé la vie, à M. Hody. Mais parfois mieux vaut ne rien dire que de faire des erreurs ».

L’avocat général Paul Catrice a lui-même tenté d’obtenir des réponses en faisant réagir François Toussaint sur le fait qu’il aurait sauvé la vie d’Yves Hody. « Merci de m’avoir tendu une perche mais je ne la saisirai pas », a-t-il réagi. Me Jean-Louis Libert, avocat d’Hugues Dewit, a lui aussi commenté la procédure. Lors du second procès de François Toussaint, Hugues Dewit était dans l’attente de son propre troisième procès, en bénéficiant toujours de la présomption d’innocence. Or, un témoin ne peut pas s’accuser lui-même. Par ailleurs, l’avocat général a demandé au jury de ne pas croire François Toussaint quand il explique ne pas avoir eu accès au dossier depuis 10 ans, un droit pour toute personne jugée. 

BELGA dans LA MEUSE LUXEMBOURG du 29 novembre 2016

« Les accusés ont plus de droits que nous… »

Cela fait déjà la quatrième fois que Hody et Dewit sont jugés pour le meurtre de Manuel Maroquin, les précédents Capture d’écran 2016-11-29 à 07.51.31.pngpro- cès d’assises ayant été cassés pour diverses raisons. Pour les famille, c’est à chaque fois une épreuve. « Ce n’est pas normal », dit le papa de la victime. « C’était interminable et incompréhensible. Nous y sommes maintenant, mais nous trouvons que nous n’avons pas assez le droit à la parole. Mon épouse avait préparé une lettre qu’elle voulait lire. Notre avocat a dû longuement négocier avec le président pour qu’elle ait le droit de la lire. Et encore, elle a été interrompue dans son discours. Nous savons que notre avocat est censé parler en notre nom mais notre conseil ne connaît pas notre souffrance intérieure. Une maman dont le fils a été assassiné qui parle au jury, c’est beaucoup plus fort. Finalement, nous avons réellement le sentiment que les accusés ont plus de droits que nous… » 

SYL.C. (dans LA MEUSE LUXEMBOURG du 29 novembre 2016)

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